OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

20.10.10

La Fouine (II)

J'appris cette nuit-là, non pas le secret de la Fouine, mais une bonne leçon sur le système digestif et ses particularités quant aux aliments exotiquement épicés.  Khebdah quitta sa paillasse devant la porte de ma chambre et me fut d'une aide énorme pendant ma détresse.  Plusieurs heures plus tard, je retrouvai mon lit, m'endormis enfin, et oubliai de suite tout détail de la soirée y compris ma curiosité pour la houri moche.

Le lendemain, Khebdah fit savoir à l'Ambassadeur Harnais que j'étais souffrant et l'Ambassadeur répondit qu'il faudrait faire mon tout pour assister au repas du midi.

Je pus alors me reposer ce matin-là, que je passai avec reconnaissance sur un grand coussin à côté de ma fenêtre d'où je pus observer la cour sur laquelle ma chambre donnait.  Il s'y trouvait des palmiers, une sorte de piscine superficielle et toutes sortes de fleurs dont les couleurs me rappelaient les robes des demoiselles la veille.  Je les imaginais celles-ci renfermées dans le sérail, jalousement gardées par les eunuques.  Je me demandais ce qu'elles pouvaient bien faire pour s'occuper dans les longues heures où l'émir était pris, où il n'y avait pas d'invités à distraire, où...

En ce moment-là, j'aperçus une silhouette qui traversait rapidement la cour, et, à mon étonnement, je crus reconnaître la Fouine !  Mais que faisait-elle comme cela, à se promener seule, même sans duègne ?  Elle portait dans ses bras un petit rouleau.  Je me dis que c'était un tapis de laine, plus petit que ceux que j'avais admirés la veille,  mais je remarquai des franges blanches et curieuses qui sortaient d'un bout du rouleau.  Deux secondes après, elle disparut par une porte qui menait je ne sais pas où.  Je dus m'endormir quelques minutes après, toujours un peu épuisé par les exigences dyspeptiques de la veille.

Je me réveillai en sentant la main de Khebdah sur mon épaule.  Il m'aida à me baigner et à me préparer pour le repas du midi.  L'émir avait envoyé des robes somptueuses comme cadeau et me pria de les porter à mon plaisir pour le reste du séjour.  Khebdah dut m'aider avec ces vêtements insolites, mais c'est vrai que leur soie était agréable au toucher, et que leur couleur lumineuse m'allait particulièrement bien.  Lorsque Khebdah me mit le keffieh, je me regardai dans le miroir qu'il me tendit, et je me trouvai tout à fait splendide.

Je commençais à penser que je serais même capable d'avaler un morceau au repas lorsque j'entendis un grand cri qui venait de la cour.  J'allai à la fenêtre pour voir et devant mes yeux, je vis une des demoiselles du sérail à genoux, un petit paquet par terre devant elle.  Je constatai tout de suite que c'était le rouleau que j'avais vu porter la Fouine quelques heures avant, et, avec horreur, que la franges que j'avais remarquées au bout du rouleau, étaient, en fait, la queue d'un petit chien blanc.

Son immobilité absolue et les cris déchirants de la fille à genoux me dirent, bien sûr, que le petit chien était mort. Khebdeh, très déconfit, me chuchota qu'il fallait bien partir pour aller manger, qu'il fallait surtout ne pas faire attendre son Altesse.  Je reconnus tout de suite la justesse de cette réflexion, mais juste avant de tourner mon dos à cette scène horrifiante, je vis, du coin des yeux, une paire de lèvres étroites et grisâtres qui exposaient des dents tâchées et mal alignées dans un sourire malicieux.


(2006)

2 commentaires:

  1. Tantan.....
    Et alors, et alors.

    RépondreSupprimer
  2. Je ne sais pas. J'avais publié ça sur un forum d'écriture et me suis fait huer comme un con, je n'ai jamais eu le coeur de le terminer.

    Mais c'est plus chouette si tout un chacun imagine lui-même le secret de la Fouine, non ? ;-)

    RépondreSupprimer