OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

15.8.07

Épouvante

C'est là, à la fin du polaire,
Où le fantôme vient bouffer les os
De la victime

Où l'on peut lire
Dans les flaques du sang
Qui coulait

C'est là où elle a pu
Tracer ses initiales
Rouges

Qu'on peut voir les pas
Du héros qui traverse
Le salon

Histoire de se verser
Un cognac parfumé

C'est là où le vampire
Ressort de l'armoire
La croix

Dans sa main
En poussant des fous-rires
En hurlant, la lune pleine

C'est là dans ce sous-sol
D'émotion, enveloppé
Dans les toiles d'araignées

Que tu me dis, sang-sue,
Que tu ne m'aimes
Plus.

(2004)

Ce qui reste...

13.8.07

Genre

Savoir que
Rien n'est
Neutre

Se rappeler que
La parole
Est féminine

Apprendre que
Le silence
Est masculin

(2002)

Dans le silence de la nuit profonde

Dans le silence de la nuit profonde
Se cachent les petits secrets
Qui ont peur et froid et soif et faim

Tu fais partie d'une drôle de fronde
D'étincelles qui font les reflets
Faits de la soie, du voile de daim

Et tu voulais que moi, je ponde
Un oeuf, une perle et des déchets
Le son de la joie du coeur d'essaim

(2004)

10.8.07

Poème rejeté

À la place Sainte Marthe, couleurs et affaissement :
Ce petit coup de blanc n'y restera pas trop longtemps
Devant les portes de fer, les grilles, la dentelle du balcon
Métallique qui encadre le rouge des géraniums…

La rue te serre comme un amant, en rose,
Qui cherche à te bercer, te garder au chaud,
Te choyer, te chérir, te garder au jaune, au mauve délavés
Par ce soleil qui se cache sous une couverture douce et râpée.

Cette place, tu la connais, c’est une vieille palette
Qui te murmure. En douceur elle te guette.
Tu t’y trouves, t’y retrouves, t’y amnisties.
Une pénombre te délaye, tu t’y confies.

Et puis, tu t’y noies dans ces yeux, dans une ombre
Qui te berce, qui te choye, qui te garde sans encombre.
Au chaud d’articoeur qui ne saurait qu’aimer,
Qui ne saurait qu’aimer, qu’aimer léger, orangé.

À la place Sainte Marthe où retentissent les rires
Les soupirs, les nuances, les teintes, les désirs,
On y voit toujours les couleurs, les couleurs :
Coup de blues qu’on y restait si peu, si longtemps.

Poème accepté

Une écrivaine vit une consigne
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas douée en tout comme une artiste,
Envieuse, s'étendit, et s'enfla, et se travailla,
Pour égaler les œuvres en vedette :

Elle prit un pinceau,
Le trempa dans l’eau.
Disant : « Regardez bien ma soeur;
Est-ce assez ? dites-moi; n'y suis-je point encore ? »
-- Nenni.

Elle prit un pinceau,
Le trempa dans l’eau,
Saisit une palette,
Béret, cigarette.
Chevalet bien planté
À Montmartre ! « Ohé !
M'y voici donc ? »
-- Point du tout.

Elle prit un pinceau,
Le trempa dans l’eau
Saisit une palette,
Béret, cigarette
Chevalet bien planté
À Montmartre ! Eh ! Ohé !
Gouaches ! aquarelles !
Inimitables, immortelles !
--M'y voilà ?-- Vous n'en approchez point.

Le chétif effort
S'engoua si bien qu'elle creva.

Le monde est plein d’artistes qui ne sont pas plus sages:
Tout amateur veut dessiner comme les grands maîtres,
Tout petit paysagiste a des supporteurs.
Toute écrivaine veut peindre des images.

Cherokee Four-Niner Foxtrot

petit coucou
bleu et blanc
cicatrisé
par le temps
hélice, délice,
machine propice
s'envole en cocon
perçant le coton
bleu sur vert
pied-à-terre
dans l'air où l'on erre
retour tout doux
petit coucou

9.8.07

Sciures

Les branches, subtiles,
Ont laissé de grands trous
Dans la terre

Et sur ma peau
Des égratinures,
Des bleus.

Elles se soumettent
Silencieusement
À mes attentions,

Mais pas sans vengeance,
Un peu comme les ongles
D'un cadavre
Qui griffe
Sa veuve

Afin de lui dire :

Toi, je t'en veux,
Toi qui n'as pas
Encore arrêté
De sentir la douleur.

7.8.07

Dieu que c'est beau...


Dieu que ça fait peur !!!