Le taxi, le train, le bus
Sont prévisibles.
Tu sais qu'à chaque arrêt,
On risque de descendre
Et te laisser seul encore
Sur ton chemin.
L'avion, c'est plus sûr,
Mais l'averti se méfie
Sagement
Du passager muni
De parachute.
OUATE ET VERRE
OUATE ET VERRE
31.10.10
30.10.10
Image par brige
Ces cheveux racontent
Une vie liée à celle des autres
et il y a tant de courage
Dans ce cou long et droit.
Ces yeux de philosophe
Regardent encore en haut
Cette bouche a connu
La faim, la joie, la douleur, l'extase.
Mais c'est cette poitrine
Qui raconte
Les cicatrices qui l'ont formée :
Ces traces des griffes, des flèches,
D'un couteau qui lui ont donné la vie :
Un héritage, un caractère.
Photo (c) Brigitte Celerier
republiée ici avec la permission de la photographe
29.10.10
Effectif
Son filet reluit au soleil
Mais le pécheur se fatigue.
Ses bras noués de muscles
Se figent le matin ; son réveil
Est pénible. Quasi-sourd, il
N'entend plus l'appel sirène
De la mer qui l'a sevré, jeune,
Et son vieux nez aplati par le vent
Ne sent plus le sel qui n'arrive même
Plus guère à brûler ses plaies.
Ses cheveux rabougris par l'âge
Qui lui murmure des obscénités
Blanchissent comme des nuages.
Et bientôt, il baissera les voiles
Et les bras, et retournera d'où il est venu.
Ses branchies poussiéreuses
Se refermeront pour du bon.
Mais le pécheur se fatigue.
Ses bras noués de muscles
Se figent le matin ; son réveil
Est pénible. Quasi-sourd, il
N'entend plus l'appel sirène
De la mer qui l'a sevré, jeune,
Et son vieux nez aplati par le vent
Ne sent plus le sel qui n'arrive même
Plus guère à brûler ses plaies.
Ses cheveux rabougris par l'âge
Qui lui murmure des obscénités
Blanchissent comme des nuages.
Et bientôt, il baissera les voiles
Et les bras, et retournera d'où il est venu.
Ses branchies poussiéreuses
Se refermeront pour du bon.
28.10.10
Comptine boîtante
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Avant de partir au pays
Où l'on bombe et l'on tue
Comme des hommes tordus
Comme font les bonnes gens envahies.
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Et maintenant il est cul-de-jatte.
Quelle chance qu'il a eue !
Car il a survécu !
Quelle chance ! quelle chance délicate !
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Pendant vingt-deux ans à courir
Et marcher partout
Armé jusqu'au cou
De jeunesse belle à mourir.
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Et l'envie de tuer, c'est ce qu'il faut.
Il vivra heureux
Soldat valeureux
D'un pays qui sombre dans les maux.
Avait deux jambes
Avant de partir au pays
Où l'on bombe et l'on tue
Comme des hommes tordus
Comme font les bonnes gens envahies.
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Et maintenant il est cul-de-jatte.
Quelle chance qu'il a eue !
Car il a survécu !
Quelle chance ! quelle chance délicate !
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Pendant vingt-deux ans à courir
Et marcher partout
Armé jusqu'au cou
De jeunesse belle à mourir.
Christopher Inconnu
Avait deux jambes
Et l'envie de tuer, c'est ce qu'il faut.
Il vivra heureux
Soldat valeureux
D'un pays qui sombre dans les maux.
27.10.10
Coup de coude
Arrête ta danse sur mes pauvr's deux pieds
J'ai déjà les orteils trop bien piétinés.
Arrête de manger dans ma pauvr' gamelle
La tienne est déjà trop grande, Gargamel !
Arrête de briller, arrête tes fournées !
Qui font que le soleil s'arrête de tourner.
J'en ai marre de ton ombre, c'est trop ombrageux,
Arrête ! Arrête ! C'est trop outrageux !
Arrête tout ça, ton jeu bringuebalant,
Les vertiges produits par ton trop grand talent !
Prends pitié des pauvres moins doués que toi.
Prends pitié des autres ! Prends pitié de moi !
J'ai déjà les orteils trop bien piétinés.
Arrête de manger dans ma pauvr' gamelle
La tienne est déjà trop grande, Gargamel !
Arrête de briller, arrête tes fournées !
Qui font que le soleil s'arrête de tourner.
J'en ai marre de ton ombre, c'est trop ombrageux,
Arrête ! Arrête ! C'est trop outrageux !
Arrête tout ça, ton jeu bringuebalant,
Les vertiges produits par ton trop grand talent !
Prends pitié des pauvres moins doués que toi.
Prends pitié des autres ! Prends pitié de moi !
26.10.10
Poulpeuse
On vit dans un âge où les poulpes sont plus sages que les hommes et plus regrettées lorsqu'elles meurent.
Grandir
-Cartier-Bresson, Sarajevo, Bosnia Hercegovina, 1965
À l'ombre, leur amitié restait chaleureuse
Au soleil, elle les désalterait,
Un mur, un chemin
Un bras autour des épaules
En tandem
Jusqu'au bout de la route.
Inaperçue, mais inexorable
La fêlure derrière elles
Jusqu'à la prochaine
Où l'une marcherait seule
Dans l'obscurité
L'autre oubliée ou délaissée, peut-être perdue
Au carrefour.
25.10.10
dépêches
la femme qui a perdu son nez
porte plainte contre le parfumier
un diabétique jette un pavé
à la vitrine de la confiserie
quelques indigents mettent le feu à la banque
et une édentée laisse une bombe
chez l'orthodontiste
le grand groupe anti-mouvement
bloque l'usine qui fabrique des clystères
et les anti-mondialistes auront bientôt
fait que le soleil
n'ait plus envie de se lever dans l'est
sur une autre étoile distante,
on nous regarde
et l'on se dit, tiens,
ce soir, je reste chez moi
porte plainte contre le parfumier
un diabétique jette un pavé
à la vitrine de la confiserie
quelques indigents mettent le feu à la banque
et une édentée laisse une bombe
chez l'orthodontiste
le grand groupe anti-mouvement
bloque l'usine qui fabrique des clystères
et les anti-mondialistes auront bientôt
fait que le soleil
n'ait plus envie de se lever dans l'est
sur une autre étoile distante,
on nous regarde
et l'on se dit, tiens,
ce soir, je reste chez moi
24.10.10
La petite robe noire
La petite robe noire qui avait tant servi devait servir une dernière fois. Delphine n’eut ni le temps ni l’envie de se payer une autre pour les obsèques de son homme.
C’était le genre de robe qui n’existe que dans les revues féminines ou dans les films. Delphine se rappelait parfaitement de son achat : elle l’avait épiée sans trop y croire.
Elle n’osa qu’à peine examiner l’étiquette. Par un miracle quelconque, c’était de sa taille. Elle l’avait rapidement saisie dans ses mains, comme si la robe allait s’enfuir. Aux cabines d’essayage, elle ne croyait pas ses yeux, ni sa chance…la petite robe noire lui allait à perfection ! Et pourtant, Delphine n’arrivait toujours pas à y croire…elle examina furtivement les coutures, l’ourlet, la fermeture…cette robe devait avoir une faille quelque part, sa perfection étant trop. Mais elle ne trouva rien, et c’était une des rares fois dans sa vie où le miroir semblait lui mentir. Pas mal. Pas mal du tout, ses yeux lui dirent. Delphine osa enfin sourire de triomphe.
Tout naturellement, elle la porta partout : aux cocktails, aux restaurants, à l’opéra, aux mariages comme aux obsèques. En hiver, elle mettait une veste ou un pull, selon la formalité de l’occasion. Un châle pour les soirées d’été, des perles pour les occasions les plus élégantes. La robe allait dans sa valise et sortait sans le moindre froissement.
C’était une robe de rêve.
Delphine ne pouvait pas croire qu’elle allait la porter pour la dernière fois lors des obsèques d’Harry.
Harry, qui était avec elle le jour où elle l’avait achetée.
Harry, qui avait accidentellement laissé tomber la robe en la sortant de la voiture à leur retour.
Harry, qui n’avait pas compris les cris de terreur émis par sa femme, ni ses larmes de colère, une fois qu’elle comprit que cette robe de rêve n’avait rien eu. C’était peut-être pour cela que l’homme ne loupait jamais l’occasion de dire à sa femme qui la robe lui allait bien, qu’elle était belle, qu’il était fier d’elle.
Harry, qui, tant bien que mal, l’avait aimée de tout son cœur.
Finalement, Delphine se demanda comment elle allait pouvoir la mettre sans entendre la voix de Harry dans son oreille, lui chuchotant des compliments audacieux et vaguement grivois pendant qu’il faisait semblant de remonter la fermeture à glissière, comment elle allait pouvoir la brûler après les obsèques, comment elle allait survivre sans une petite robe noire parfaite qu’elle avait tant aimée.
23.10.10
Jeter l'encre
Ne pas jeter l'encre
Vers celui qui se noie
Dans les eaux froides de l'indifférence,
Sans détourner la tête,
Sans déboucher l'oreille,
Sans dégeler le coeur,
Plus brutale que le coup de massue
Plus tranchante que le coup d'épée
Est l'absence du mot.
Vers celui qui se noie
Dans les eaux froides de l'indifférence,
Sans détourner la tête,
Sans déboucher l'oreille,
Sans dégeler le coeur,
Plus brutale que le coup de massue
Plus tranchante que le coup d'épée
Est l'absence du mot.
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