OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

2.8.05

Ton rire (traduit de Neruda)

Ton rire -- Pablo Neruda

Prive-moi de pain, si tu veux,
prive-moi d'air, mais
ne me prive pas de ton rire.

Ne me prive pas de la rose,
la lance que tu cueilles,
l'eau qui, soudain,
jaillit de ta joie,
la vague subite
d'argent qui naît en toi.

Ma lutte est dure et j'en reviens
avec les yeux fatigués
parfois d'avoir vu
la terre qui ne change pas,
mais à l'entrée de ton rire
il monte au ciel en me recherchant
et ouvre pour moi toutes
les portes de la vie.

Mon amour, à l'heure
la plus sombre s'entrouvre
ton rire, et si d'un coup
tu vois mon sang qui tache
les pavés de la rue,
ris, parce que ton rire
sera pour mes mains
comme une nouvelle épée.

Au bord de la mer en automne,
ton rire doit lever
sa cascade écumeuse,
et au printemps, mon amour,
je voudrais ton rire comme
la fleur que j'attendais,
la fleur bleue, la rose
de mon pays résonant.

Ris de la nuit,
du jour, de la lune,
ris des rues
tordues de l'île,
ris de ce gars lourd
qui t'aime,
mais quand j'ouvre
les yeux et les ferme,
quand mes pas s'en vont,
quand mes pas reviennent,
prive-moi de pain, d'air,
de lumière, de printemps,
mais de ton rire jamais
parce que je mourrais.

1 commentaire:

  1. Que dire d'un tel poème qui, face à l'adversité oppose le rire, la bonne humeur, la dérision de soi au point d'en faire une arme.

    http://www.fbl77.com

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