OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

30.10.12

Light at Two Lights

Pour Mil et Une :

Light at Two Lights par Edmond Hopper


Cet été, tu avais huit ans.
 
Ta maman était jeune et jolie et ton papa mourrait d’un cancer aux poumons qui lui volait peu à peu la lumière qui brillait dans ses deux yeux bleus.
 
Les gens rouspétaient tout bas en voyant maman porter la plus grosse valise et ton petit frère pendant que papa marchait les bras vides. Maman fronça les cils, les gens détournèrent les yeux.
 
Jamais ils ne comprendraient, ils ne méritaient pas son mépris, murmura papa en toussant. Maman lui jeta son sourire éclatant et Papa sourit. Tu te souviens encore de ce sourire, comme un phare qui vous guidait tous sur des chemins périlleux.
 
Et c’est ainsi qu’il faut que tu les rappelles, c’est ainsi qu’il faut les garder dans ton coeur, blancs et chaleureux, s’aimant purement, sûrement, sans faille, sans nuages, sans pierres qui taillent.

27.10.12

tiens

ce chat-là griffe
ses victimes
 en secret --

je préviens
ou est-ce que
je les laisse
à leur propre 
découverte

?

9.10.12

Pour brige

Parfois, les mots sont comme un essaim, on s'émerveille de la pause où l'on peut observer une seule abeille en train de vivre sa vie entre la ruche et le nectar.

Pour Heather

Sans vallon, une montagne n'a pas de sens.

2.10.12

CHAT

Pour Mil et une :



Et si la mort
En venant nous chercher
Avait deux beaux yeux de lynx
Bleus comme le ciel
Immortel,
Est-qu'elle nous ferait
Aussi peur ?
 
Allez, va,
Trouillard,
Souris.

24.9.12

OUI, VOUS POUVEZ ME CITER

Les niveaux des compétences dans une langue :

- innocent
- flingueur
- guet-apens
- assassin

« maître » ne s'y trouve pas, car même le meilleur assassin en guet-apens
peut se faire flinguer par un innocent.

Décidément, cela ne s'arrange pas

Où tu iras
On te jugera
Sur la taille
De ta taille.

Liberté, Éternité, Égalité

La maîtrise d'une langue est un diplôme, pas un niveau.

Pour chaque maître, il est forcément un esclave, un inférieur, un quelque
chose qui s'incline devant lui en obéissance.

Une langue, par sa nature, ne s'incline aux pieds de personne.

Elle est libre, mais raisonnable : elle fait ce qu'elle veut mais comme elle
veut.

Parfois, elle sert aux hommes, parfois, elle les commande et les transforme.

Pour emprunter à Montaigne :

« Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul. »

Parfois - souvent, même -  le trône d'un « maître » n'est qu'un seau
renversé.

23.9.12

rien ne presse la presse


de quoi parlent-ils, les journalistes
quand ils ne sont pas en train de nous parler ?

voudraient-ils qu'un assassin se faufile sur lieu
afin qu'ils aient un bon scoop ?

ou se disent-ils qu'il faut acheter, en rentrant,
des croquettes pour le chat ?

22.9.12

Brouillard

Il regardait le sable et moi aussi. Je vis que le bout de sa chaussure avait un trou.

 - Où tu iras ?
  - Je ne sais pas. 

Encore un de nos silences de gouffre passa entre nous. Quelque part le cri d'une mouette portait plainte contre le vent qui ébouriffait ses cheveux.

 - Tu comptes revenir ?
 - Je ne sais pas. 

Alors, voilà. Il n'y avait plus rien à dire. Je me retournai pour partir.

 - Enfin, tu sais... 
 - Oui ? 
- Je ne compte pas revenir, hein ? 

Je lui fis un petit sourire.

Et notre briève histoire d'amour mourut telle qu'elle était née, sur une plage avec des vagues.