OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

8.9.10

Non.

Non.

Je m'en voudrais de ne pas le dire, mais non.

Non. Non.

Je ne suis pas triste lorsque le violeur est écrasé sous un camion, je ne verse pas de larmes quand un vicieux se casse la gueule, je ne suinte pas la compassion quand les pédophiles se font faire la peau dans un coin noir quelque part.

Non. Non. Non.

Si tu me gifles, je retiens pour toujours la trace de ta main.

Non. Non. Non.

Le glas ne sonne pas pour moi.

Non. Non.

Je m'en serais voulu de ne pas l'avoir dit.

Alors, non.

Non.

7.9.10

Maîtrise

Sans chaise,
Sans fouet,
Sans pistolet,
Elle tend la main
Et la bête
Vient
Manger dans sa main
Et s'endort, lovée
À ses pieds.

6.9.10

Navire négrier

C'est le bateau que tu n'es pas triste à voir repartir. Tu as hâte que l'horizon l'avale, ce navire qui était ton prison, où tu mourrais en manque de civilité et le gros sadique passait battre tous ceux qui ramaient, riant lorsqu'il voyait le sang suinter sur les dos nus.

Et maintenant, tu es libre. Courbé, ampoulé, cicatrisé, mais libre, libre comme l'albatros, libre à crever de faim sous tes propres termes, libre à hurler ou rire dans le vent qui transporte tes cris silencieux, libre à te briser le coeur comme tu veux.

C'est le bateau que tu n'es pas triste à voir repartir, chargé du sel des larmes, des sueurs, du sang, de la mer inexorable, impardonnable, sans merci.

Tu n'es plus qu'un squelette tapissé d'un bout de cuir rayé. Tes os, à peine cachés, érafleront les autres peaux qui ne se doutent de rien. Tes yeux - arrachés depuis longtemps, jetés sur le sable, desséchés par le soleil, le vent, le souvenir du fouet - et ton coeur scanderont longtemps les vagues.

C'est le bateau que tu n'es pas triste à voir repartir.

5.9.10

Un coin tranquille



Photo (c) par FAbrice


Jaloux
Du papier
Les arbres espionnent
Un admirateur égaré
Par d'autres feuilles
Où dansent des araignées
Noires sur blanches

Infidèles

Fidèles au rendez-vous :
La gifle, le coup de poing,
Le coup de pied dans le cul.
Caresses, bisous
Portés disparus
Ils sont déjà loin,
Infidèles au rendez-vous.

27.8.10

À Noël si tout va bien

Qui sont ces pauvres diabolos
Travaillant sous la terre,
Creusant un grand sentier
Dans ces boyaux durs ?
Destination : l'enfer.

Coincé, piégé, enterré, enfermé,
Réfugié en, dans, sous la pierre
Dans une crèche gravée dans le granit
Spectacle, ce freak show gratuit, en direct.

Nous, bavants du désir
De leurs pas de charbon
Attendrons jusqu'à Noël
Pour les voir crever,
Cuits, cuivrés
Dans le creux du fourneau.

11.8.10

Fructus poetico

Les vers libres sont ceux qui sortent de la pomme en croquant.

21.7.10

Calenques

Maintenant si loin
de mon quotidien,
tu n'es presque plus
qu'un nom
sur mon calendrier,

12.7.10

Bikini bottom

Jouant au cache-cache
Dans les vagues
Gardant le secret de l'univers
Qui attend d'être
Découvert...

2.7.10

Rondeau


Pour le Défi du samedi, sur un tableau par KatyL :


En douce, où vont-ils ? Je ne sais.

Vers un monde de lumière, parfait ?

Partent-ils en pleurant, dans la peur ?

Ou en souriant de leur bonheur ?

Où vont ces enfants ? Je ne sais.


D’un coup d’une plume affûtée

Ils vivraient heureux ! Ou tués

Par un poète cruel et trompeur

En douce.


Figés dans ces couleurs cadrées,

Ainsi. Jolis. Illuminés.

Loin de ce monde las et sans cœur,

Saufs, à l’abri de frayeur.

C’est là où je veux les laisser,

En douce.