OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

13.4.06

Caniche

[...]

De toute manière, elle se retrouva dans cette maison dans un joli petit village. Chaque matin, elle descendit au village pour faire ses petites courses, et grimpait la pente pour rentrer, haletant, tout en s'étonnant à quelle rapidité le rythme d'une petite vie pouvait s'établir. L'après-midi, après un déjeuner qu'elle mettait une heure à préparer, la femme solitaire mangeait lentement, un bouquin à côté de son assiette.

Un jour, après l'averse exigée (l'Ardenne, ayant, elle aussi, sa quantité de prévisibilité), elle sortit prendre l'air. Après avoir découvert la petite promenade menant à St-Thibaut, ses pas s'y redirigeaient joyeusement à encore des découvertes et puis encore des retrouvailles : les grands sapins traînaient des lierres comme des dentelles aux jupons d'une coquette, un ruisseau se faufilait à leurs pieds, riant et jasant au plaisir de les revoir.

Elle s'arrêta avant d'y arriver pour écouter attentivement de loin la conversation du ruisseau et dut admettre que le son des voix lui manquait quand même un peu.

D'un coup, un méchant petit caniche vint aboyer à tue-tête de l'autre côté du sentier en ponctuant chaque tirade des grognements qui disaient « Gaffe, hein, faites gaffe, c'est du vrai, et à l'envoi, je morrrrrds ! »

Sale bête ! La femme avait envie de lui filer un grand tchlak avec son parapluie, mais elle sut que le maître du clebs était probablement pas loin, sinon en train de regader la scène d'un air approbateur.

Alors, elle se contenta d'un « Coucou, le chien, ça va ? » et puis, d'un ton un peu plus sérieux, « Sois sympa, sois sympa le chien ! » Il hésita, comme pour calculer ses chances. Voyant cela, elle lui laissa pourtant le dernier mot et s'éloigna vers la forêt. Le chien en profita lachement pour lui faire savoir exactement ce qu'il pensait des femmes solitaires qui se promenaient dans son territoire, hein, grr, hein !

Cette sale bête n'allait pas tout de même gâcher son pelerinage, se pensa-t-elle.. Elle l'oublia avant que le dernier grognement soit parti de son stupide petit museau, et mit ses propres oreilles à l'écoute des potins que le ruisseau était en train de balbutier aux arbres.

Au retour, elle revit le caniche, mais cette fois-ci, il y avait une clôture entre elle et lui. Toutefois, lui appela son copain et un petit Scottie sortit de la maison pour voir, et puis le fixa d'un œil curieux comme pour lui dire « Mais quoi encore, Pierre, qu'est-ce qui te prend maintenant, gros con ? T'as oublié qu'il y a une clôture entre elle et toi ou quoi ? »

Le caniche, hardi, reprit son refrain que la femme traduisit un peu comme « Tarrrrrrrre ta gueule, grrrrrrrrande blonde, je vais t'avoirrrrrrrrr, tu verrrrrrras mes crrrrrrocs dans une de tes grrrrrrosses fesses, hein ? ! ? »

D'un coup, une voix basse et fâchée se fit entendre depuis la maison et Pierre le caniche eut droit à une briève mais satisfaisante humiliation. Il se tut à l'instant même. Son petit copain le regarda d'un air embarrassé comme pour lui dire « Mais ça finit toujours de la même manière, Pierre, t'es bête ou quoi ? »

Et la femme rentra, portant un sourire grand comme la vallée qu'elle venait de longer.

10.4.06

Le fou à la plaza mayor

Accroupi au coin
dans l'ombre,
tu hurles.

Ta musique fait des échos le long de la calle
sous les arcades.

Les touristes au soleil
paient leurs consommations
avec l'or des conquistadores.

Cela te fait rire,
fou-rire, sage-rire,
no importa,

Mais toi tu ris haut et fort
à l'ombre
tandis que leur musique à eux
s'étouffe sous le plein soleil
de midi.

Ta musique fait des échos le long de la calle
sous les arcades.

Plus loin, dans une plaza minor
il y a une fontaine où chacun
boit à sa soif, gratuit
et jusques là,

Ta musique fait des échos le long de la calle
sous les arcades.

24.3.06

Estoril

Plus question
de laisser des traces
dans le sable,
j'erre depuis Cascais,
sirène manquée
dont le chant s'est tu
dans tout ce grand bleu
du Portugal.

23.2.06

Guigemar

Guigemar,

Je noue ton noeud,
Tu te promèneras partout, libre,
Affranchi de cette banderole
Qui te protège...

Mille sirènes te feront leur chant,
Mais toi, costaud,
Restera indifférent...
Intouché

Jusqu'au jour où la marée
Te ramènera sur les doux rives
Te ramènera au pays
Où vivent les douces ombres

Des amandiers plantés
Au soleil.

21.2.06

3 h 33

je tâte ton pouls imitant le rythme des gouttes
contre les carreaux, j'entends tout bas au fond
la douce musique du monde qui tourne toujours
dans le noir son visage envers le soleil
qui revientavec son balai pour nettoyer les doutes --

car même un coeur stable peut faire un faux bond
et même la foi la plus lourde cèdera aux amours
dans le noir, leurs visages engageant un soleil qui souvient,
chancelle sur son chemin, et bascule --

et par son haleine
qui siège dans tes veines
nous remettra en pleine canicule