OUATE ET VERRE

OUATE ET VERRE

20.4.06

Femme et oiseau, hola Joan

[photo: Wikipedia]

toi
dans ta crazy
robe tu portes
ton panier
tubulaire
sur ta tête
servant de
perche
pour une
hirondelle
lunaire

Leçon du ciel, hola Joan

[image: Wikipedia]

lorsque tu voudras
me regarder
trouve d'abord
un vitrail

Femme assise II, hola Joan

[image: Guggenheim collection]

Attention,
avec ton long
cou gracieux,
tes dents blanches
comme des os
dans le désert,
tes petites mains
fragiles,
tes seins
étonnants,
et tant d'hommes
qui te regardent,
tu vas faire
des jalouses...

L'heure du rite

un froid si vif
au parvis
devant la cathédrale

(où l'on brûlait
les femmes qui osaient)

que le vent la pousse
jusqu'au troquet
où elle s'installe
au fond
dans le noir

loin du feu
loin de la lumière
loin du mauvais œil

pour se délivrer
de ses démons
en paix

inaccompagnée
(péché impardonnable)
elle fait tout de même
sa communion

mangeant de la galette
buvant du tilleul

18.4.06

Intervalle

si j'attends là
sans bouger,
silencieuse,
patiente

peut-être
qu'elle reviendra

comptant aux bouts
des doigts
les secondes
jusqu'à

la prochaine étoile
filante

17.4.06

Primeur

L'autre jour, je croisai une dame qui promenait une pomme de terre au bout d'une laisse.

Bouleversée par la curiosité, je ne pus pas me retenir et décidai de l'aborder.

-- Madame, si vous permettez, lui fis-je, c'est la première fois que je voie une pomme de terre au bout d'une laisse !

-- Ah oui ? réponda-t-elle avec un sourire. Comme quoi, on les porte dans les bras chez vous ?

-- Euh, oui, enfin, non, pas exactement, balbutiai-je. C'est-à-dire que personne chez moi ne fait promener des pommes de terre ! Euh, au moins, autant que je sache.

-- Non ? Pourquoi pas ? ! ? Son sourire s'affaissa.

-- Ben, parce que...heu...ce ne sont que des légumes !

-- Ah oui ? Il y eut comme un brin subtil de mépris dans sa voix. « Et que devrait-on faire avec des légumes, à votre avis, Mademoiselle ? » continua-t-elle.

J'étais perplexe et avant de bien réfléchir, je dis « Ben, les manger, non ? »

Elle me fixa d'un air ahuri, ses yeux devenaient plus étroits.

-- Les manger ! Ça alors ! Mais d'où venez-vous, au fait ?

-- Ben, des USA, Madame !

D'un coup, elle prit la pomme de terre dans ses bras et la serra contre sa poitrine, la cachant de ma vue.

-- Ben, ça, s'écria-t-elle. J'aurais dû m'en douter ! ! ! Vous êtes tous des sauvages là-bas !

Et sans me dire au revoir, elle s'en alla.

Okay, bon, c'était une dingue, me dis-je, en reprenant mon chemin.

Et puis, je croisai un homme avec une poussette. Je m'arrêtai pour admirer son bambin.

À mon étonnement, je vis que c'était une branche de céleri.

16.4.06

Lisbonne, le métro

le petit gars
avance
dans le wagon,
jouant d'un lourd
accordéon,

son chien miniscule
est accroché
à une de ses maigres
épaules

son maître
ne regarde pas
les passagers
dans les yeux,

mais le chien si...

au retour,
c'est une aveugle
qui y passe,
sans accordéon,
sans chien,

abordant
les passagers
avec sa musique
où elle loue
son Dieu
miséricordieux,

elle qui n'a que deux
trous vides
où il devrait y avoir
des yeux

Promenade du dimanche (16.04.06)

Posted by Picasa

15.4.06

La Rue du Mont

Je connais cette pente.

Elle résonne dans mes hanches
Dans le creux de mon dos
Dans cette partie plate
Juste au-dessus de mes
Fesses

Ça brûle
Cette pente

Quelqu'un de plus fort que moi
A construit ce mur ;
Quelqu'un de plus habile que moi
Y a fait grimper des lierres.

Mes respirations
Ponctuées des pas
Résolus
Trahissent mes efforts
En dépit du sourire
Que j'offre
À ce ciel tout brisé
Et tout à fait
À moi...

Prête-moi ta langue

Prête-moi ta langue
ta douce langue
qui fait des ravages
dans mon cœur d'étrangère

Prête-moi ta langue
sa douce musique
qui réverbère
dans mes songes d'étrangère

Prête-moi ta langue
sa dure perfection
qui s'assouplit
dans le temps

Prête-moi ta langue
que je la garde
à côté de celle
que m'a donnée ma mère

Prête-moi ta langue
le temps qu'on aille
ensemble faire des folies